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AI Act : le guide complet du règlement européen sur l intelligence artificielle

Règlement (UE) 2024/1689, modifié par le règlement (UE) 2026/1744 dit « Digital Omnibus ». Calendrier, niveaux de risque, obligations et sanctions — à jour au 24 août 2026.

L essentiel en 30 secondes

  • C est quoi ? Le premier cadre juridique complet au monde sur l intelligence artificielle. Un règlement européen d application directe, qui régule des usages et non la technologie elle-même.
  • Où en est-on ? Le règlement est généralement applicable depuis le 2 août 2026. Les obligations de transparence sont en vigueur.
  • Ce qui a changé cet été. Le Digital Omnibus, en vigueur depuis le 27 juillet 2026, a reporté de seize mois les obligations sur les systèmes à haut risque : au 2 décembre 2027 pour l annexe III, au 2 août 2028 pour l annexe I.
  • Qui est concerné ? Fournisseurs et déployeurs, y compris hors UE dès lors que le système est utilisé dans l Union. La grande majorité des organisations sont déployeurs, avec des obligations nettement plus légères.
  • Combien ça coûte ? Jusqu à 35 M€ ou 7 % du chiffre d affaires mondial pour une pratique interdite. Pour une PME, c est le montant le plus bas des deux qui s applique.

Qu est-ce que l AI Act ?

Le règlement (UE) 2024/1689, communément appelé AI Act, est le premier cadre juridique complet au monde consacré à l intelligence artificielle. Publié au Journal officiel de l Union européenne le 12 juillet 2024, il est entré en vigueur le 1er août 2024 et s applique par vagues successives jusqu en 2030.

Sa logique n est pas de réguler la technologie, mais les usages qui en sont faits. Le même modèle de langage peut être hors périmètre dans un cas et soumis au régime le plus lourd dans un autre : tout dépend de la finalité poursuivie et du contexte de déploiement.

Un règlement, pas une directive

La distinction a des conséquences pratiques. Un règlement européen est d application directe : il ne nécessite pas de transposition en droit national et s impose tel quel dans les vingt-sept États membres. Les législateurs nationaux n interviennent que sur des points limités, notamment la désignation des autorités de surveillance du marché et le régime de sanctions applicable aux administrations.

Une portée extraterritoriale

Le règlement s applique aux fournisseurs qui mettent un système d IA sur le marché de l Union, quel que soit leur lieu d établissement, ainsi qu aux fournisseurs et déployeurs établis hors UE lorsque les résultats produits par le système sont utilisés dans l Union. Un éditeur américain dont l outil est utilisé par une entreprise française est concerné.

Ce que le règlement ne couvre pas

  • Les systèmes développés et utilisés exclusivement à des fins militaires, de défense ou de sécurité nationale.
  • La recherche et le développement scientifique avant mise sur le marché.
  • Les systèmes publiés sous licence libre et open source, sauf s ils sont à haut risque, interdits, ou relèvent des obligations de transparence.
  • L usage strictement personnel et non professionnel.

Le calendrier d application, révisé par le Digital Omnibus

C est le point sur lequel la plupart des contenus disponibles en ligne sont aujourd hui périmés. Le règlement (UE) 2026/1744, publié au Journal officiel le 24 juillet 2026 et entré en vigueur le 27 juillet 2026, a modifié le calendrier initial. Les obligations sur les systèmes à haut risque ont été repoussées de seize mois.

DateCe qui entre en applicationStatut
1er août 2024Entrée en vigueur du règlement. Aucune obligation applicable à ce stade.Passé
2 février 2025Définitions et champ d application. Pratiques interdites (article 5). Littératie IA (article 4).Applicable
2 août 2025Obligations des fournisseurs de modèles d IA à usage général (GPAI). Gouvernance, autorités nationales, confidentialité. Régime de sanctions (article 99).Applicable
2 août 2026Application générale du règlement. Obligations de transparence (article 50). Surveillance du marché et pouvoirs des autorités nationales. Base de données européenne. Amendes de la Commission aux fournisseurs de GPAI (article 101).En vigueur
2 décembre 2026Nouvelles pratiques interdites : génération de contenus intimes non consentis et de matériel pédocriminel. Fin de la période transitoire de l article 50(2) sur le marquage lisible par machine des contenus synthétiques.À venir
2 août 2027Bacs à sable réglementaires nationaux opérationnels. Mise en conformité des modèles GPAI mis sur le marché avant le 2 août 2025.À venir
2 décembre 2027Systèmes à haut risque autonomes — article 6(2) et annexe III. Était initialement fixé au 2 août 2026.À venir
2 août 2028Systèmes à haut risque intégrés à un produit réglementé — article 6(1) et annexe I. Était initialement fixé au 2 août 2027.À venir
2 août 2030Systèmes à haut risque hérités utilisés par les autorités publiques.À venir
31 décembre 2030Systèmes d information à grande échelle de l annexe X.À venir

Ce que le Digital Omnibus a modifié, précisément

SujetCalendrier initialCalendrier actuel
Haut risque, annexe III (autonome)2 août 20262 décembre 2027
Haut risque, annexe I (embarqué)2 août 20272 août 2028
Bacs à sable réglementaires2 août 20262 août 2027
Marquage des contenus générés, article 50(2)2 août 20262 août 2026, avec transitoire au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà commercialisés
Littératie IA, article 4Obligation de « garantir » un niveau suffisantObligation de « soutenir le développement » de la littératie

⚠️ Une nuance qui compte. La proposition initiale de la Commission conditionnait les échéances haut risque à la disponibilité des normes harmonisées européennes. Ce déclencheur conditionnel a été supprimé du texte adopté. Le 2 décembre 2027 est une date calendaire ferme : elle ne bougera pas si les travaux du CEN-CENELEC prennent du retard.


Les quatre niveaux de risque

L architecture du règlement repose sur une pyramide de risques. Plus l usage est susceptible d affecter la santé, la sécurité ou les droits fondamentaux, plus les obligations sont lourdes.

NiveauCe que ça recouvreObligations
Risque inacceptableNotation sociale, manipulation subliminale, exploitation des vulnérabilités liées à l'âge ou au handicap, reconnaissance des émotions sur le lieu de travail et dans l'enseignement, moissonnage non ciblé d'images faciales, police prédictive individuelle, catégorisation biométrique sur des caractéristiques sensibles.Interdiction absolue. Applicable depuis le 2 février 2025.
Haut risqueLes huit domaines de l annexe III, et les systèmes constituant un composant de sécurité d un produit déjà soumis à une législation d harmonisation de l Union (annexe I).Régime complet. 2 décembre 2027 pour l annexe III, 2 août 2028 pour l annexe I.
Risque limitéAgents conversationnels, générateurs de texte, d image, d audio ou de vidéo, contenus manipulés de type deepfake, reconnaissance d émotions hors contexte interdit.Obligations d information et de marquage. Applicable depuis le 2 août 2026.
Risque minimalTout le reste : filtres anti-spam, maintenance prédictive, optimisation logistique, contrôle qualité par vision, prévision de la demande, moteurs de recommandation courants.Aucune obligation spécifique au titre du règlement.

💡 À retenir : la très grande majorité des systèmes d IA en production dans les organisations relèvent du risque minimal ou limité. Le régime haut risque, souvent présenté comme la norme, reste l exception.


Annexe III : les huit domaines à haut risque

Un système n est à haut risque au titre de l annexe III que s il est utilisé dans l un de ces huit domaines et pour l une des finalités qui y sont limitativement listées.

DomaineFinalités visées
1. BiométrieIdentification biométrique à distance, catégorisation biométrique selon des caractéristiques sensibles, reconnaissance d émotions.
2. Infrastructures critiquesComposants de sécurité pour la gestion du trafic routier, de l eau, du gaz, du chauffage, de l électricité, des infrastructures numériques.
3. Éducation et formationAccès aux établissements, évaluation des apprentissages, orientation, surveillance comportementale pendant les examens.
4. Emploi et gestion des travailleursRecrutement, tri et classement de candidatures, décisions de promotion ou de rupture, répartition des tâches, évaluation de la performance et du comportement.
5. Services essentielsÉligibilité aux prestations sociales, évaluation de solvabilité, tarification en assurance vie et santé, triage des appels d urgence.
6. RépressionÉvaluation du risque de récidive, appréciation de la fiabilité des preuves, profilage en enquête.
7. Migration et frontièresExamen des demandes d asile et de visa, évaluation des risques migratoires, identification des personnes.
8. Justice et démocratieAide à la recherche et à l interprétation juridiques, influence sur les résultats électoraux.

Le point 4 est celui qui concerne le plus d organisations

Pour une entreprise ordinaire, qu elle soit industrielle, tertiaire ou de services, l exposition réelle au régime haut risque passe presque toujours par le point 4. Trois usages basculent :

  • le tri, le filtrage ou le classement automatisé de candidatures ;
  • l aide à la décision sur une promotion, une affectation ou une rupture de contrat ;
  • l évaluation de la performance ou du comportement des salariés.

L exception de l article 6(3)

Un système relevant d'un domaine de l'annexe III peut échapper au régime haut risque s'il ne remplit qu'une tâche procédurale étroite, s'il améliore le résultat d'une activité humaine déjà accomplie, s'il détecte des écarts de constance sans se substituer à l'évaluation humaine, ou s'il effectue une tâche purement préparatoire.

Deux limites strictes : cette dérogation ne joue jamais lorsqu il y a profilage de personnes physiques, et elle doit être documentée avant la mise en service. Ce n est pas une porte de sortie automatique.


Fournisseur ou déployeur : qui porte quoi

Avant de se demander si un système est à haut risque, il faut savoir quel rôle on tient. Le règlement fait peser l essentiel des obligations sur le fournisseur. Le déployeur a une liste nettement plus courte.

RôleDéfinitionExemples
FournisseurDéveloppe un système d IA, ou le fait développer, et le met sur le marché ou en service sous son propre nom ou sa propre marque, à titre gratuit ou onéreux.Éditeur de logiciel, intégrateur commercialisant sa solution, entreprise revendant à ses clients un module d IA développé pour elle.
DéployeurUtilise un système d IA sous sa propre autorité, dans le cadre d une activité professionnelle.Toute organisation utilisant un outil du marché ou une automatisation développée spécifiquement pour son usage interne.
ImportateurMet sur le marché de l Union un système d IA portant le nom d une entité établie hors UE.Distributeur européen d une solution américaine ou asiatique.
DistributeurMet un système à disposition sur le marché sans être fournisseur ni importateur.Revendeur, place de marché.

Faire développer un outil ne rend pas fournisseur

C est le malentendu le plus répandu. Si une entreprise fait construire une automatisation qui reste à usage interne, elle est déployeur. Le critère du règlement n est pas de savoir qui a financé le développement, mais sous quel nom le système est mis sur le marché ou en service.

Les trois façons de basculer fournisseur sans le vouloir

L article 25 prévoit trois situations dans lesquelles un déployeur, un distributeur ou un importateur est réputé fournisseur d un système à haut risque, le fournisseur initial étant alors déchargé :

  1. Apposer son nom ou sa marque sur un système à haut risque déjà mis sur le marché par un tiers.
  2. Apporter une modification substantielle à un système à haut risque déjà sur le marché.
  3. Modifier la destination d un système, y compris un système à usage général, de telle sorte qu il devienne à haut risque. Exemple typique : brancher un modèle de langage généraliste sur un vivier de candidatures pour les préclasser.

Ce que doit faire un déployeur aujourd hui

  • Littératie IA (article 4) — prendre des mesures pour soutenir le développement des compétences des personnes qui utilisent l IA pour son compte. Depuis le Digital Omnibus, il s agit d une obligation de moyens : un plan de formation documenté par rôle suffit, aucune certification individuelle n est exigée.
  • Ne pas recourir à une pratique interdite (article 5) — le piège le plus fréquent en entreprise est l analyse des émotions ou de l attention appliquée aux salariés.
  • Transparence (article 50) — informer les personnes qui interagissent avec un système d IA, signaler les contenus manipulés.

Transparence : l article 50, applicable maintenant

C est le seul volet du règlement qui impose une action immédiate à une organisation ordinaire. Il n a pas été reporté par le Digital Omnibus. Quatre obligations, deux à la charge du fournisseur du système, deux à celle du déployeur.

ArticleQuiObligationDepuis
50(1)FournisseurInteraction avec une IA. Toute personne qui dialogue avec un système d IA doit en être informée, au plus tard lors de la première interaction. Exception lorsque le caractère artificiel est évident pour une personne raisonnablement avisée.2 août 2026
50(2)FournisseurMarquage lisible par machine. Les sorties audio, image, vidéo ou texte générées doivent être marquées dans un format détectable comme artificiel.2 août 2026, transitoire au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà sur le marché
50(3)DéployeurReconnaissance d émotions et catégorisation biométrique. Informer les personnes exposées du fonctionnement du système.2 août 2026
50(4)DéployeurDeepfakes et textes d intérêt public. Révéler qu un contenu image, audio ou vidéo a été généré ou manipulé. Idem pour un texte publié afin d informer le public sur des questions d intérêt général, sauf relecture humaine assortie d une responsabilité éditoriale.2 août 2026

Les quatre points à vérifier dans une organisation

  1. Agent conversationnel sur un site ou une application — une mention visible dès le premier message. Un simple nom d avatar ne suffit pas.
  2. Visuels générés par IA dans les supports commerciaux ou éditoriaux — si le rendu peut être pris pour une photographie réelle, il doit être signalé. Une illustration manifestement stylisée ne pose pas la même difficulté.
  3. Voix de synthèse sur un standard téléphonique ou un serveur vocal interactif — l appelant doit savoir qu il ne parle pas à une personne.
  4. Contenus rédigés par IA et publiés — l obligation vise les textes destinés à informer le public sur des questions d intérêt général. Une fiche produit ou un courriel commercial n entre pas dans ce périmètre.

⚠️ Le report du 2 décembre 2026 est étroit. Il ne bénéficie qu aux fournisseurs dont le système génératif était déjà sur le marché avant le 2 août 2026. Tout système mis sur le marché à compter de cette date devait se conformer immédiatement. Un déployeur n est pas concerné par ce transitoire : ce n est pas son obligation.


Le régime haut risque, à préparer pour 2027

Reporté ne veut pas dire annulé. Les obligations du chapitre III restent les plus lourdes du règlement, et leur mise en œuvre se compte en mois, pas en semaines.

Ce que doit faire le fournisseur d un système à haut risque

  • Système de gestion des risques (article 9) — continu, sur tout le cycle de vie.
  • Gouvernance des données (article 10) — jeux d entraînement, de validation et de test pertinents, représentatifs et, dans la mesure du possible, exempts d erreurs.
  • Documentation technique (article 11 et annexe IV) — établie avant la mise sur le marché et tenue à jour.
  • Journalisation automatique (article 12) — traçabilité du fonctionnement.
  • Transparence et notice d utilisation (article 13) à destination du déployeur.
  • Supervision humaine (article 14) — conception permettant une intervention effective.
  • Exactitude, robustesse et cybersécurité (article 15).
  • Système de management de la qualité (article 17), évaluation de conformité, marquage CE et enregistrement dans la base de données européenne.

Ce que doit faire le déployeur d un système à haut risque

  • Utiliser le système conformément à la notice du fournisseur.
  • Confier la supervision humaine à des personnes compétentes, formées et dotées de l autorité nécessaire pour passer outre le système.
  • S assurer que les données d entrée sont pertinentes et représentatives au regard de la destination du système.
  • Surveiller le fonctionnement et signaler au fournisseur et à l autorité tout risque ou incident grave.
  • Conserver les journaux générés automatiquement, au moins six mois.
  • Informer les travailleurs et leurs représentants avant la mise en service d un système à haut risque sur le lieu de travail.
  • Informer les personnes soumises à une décision assistée par le système et leur permettre d obtenir une explication.
  • Réaliser une analyse d impact sur les droits fondamentaux lorsque le déployeur est un organisme public ou fournit des services essentiels.

💡 Le bon moment pour agir. Concevoir d emblée un système avec traçabilité, supervision humaine et documentation coûte une fraction de ce que coûte sa mise en conformité après coup. Le report de seize mois est un délai de préparation, pas une dispense.


Sanctions : le barème de l article 99

Les 35 millions d euros circulent partout. Ils correspondent à un seul cas de figure, et le règlement prévoit un régime distinct pour les PME.

PlafondInfractionSanctionnable depuis
35 M€ ou 7 % du chiffre d affaires mondial annuelRecours à une pratique d IA interdite (article 5).2 août 2025
15 M€ ou 3 % du chiffre d affaires mondial annuelManquement aux obligations des fournisseurs, importateurs, distributeurs, déployeurs, représentants autorisés et organismes notifiés, ainsi qu aux obligations de transparence de l article 50.2 août 2025, article 50 effectif au 2 août 2026
7,5 M€ ou 1 % du chiffre d affaires mondial annuelFourniture d informations inexactes, incomplètes ou trompeuses aux organismes notifiés ou aux autorités nationales.2 août 2025

La nuance systématiquement omise

Pour une entreprise ordinaire, le montant retenu est le plus élevé des deux termes, forfait en euros ou pourcentage du chiffre d affaires. Pour une PME, start-up incluse, l article 99(6) inverse la règle : c est le montant le plus bas qui s applique.

Concrètement, une PME réalisant 8 M€ de chiffre d affaires s expose, pour un manquement à l article 50, à un plafond de 240 000 € et non de 15 M€.

Ce sont par ailleurs des plafonds, pas des montants forfaitaires. L autorité doit tenir compte de la nature, de la gravité et de la durée de l infraction, du caractère intentionnel ou négligent, des mesures correctives prises et du degré de coopération.

Ce qui est réellement sanctionnable aujourd hui

ObligationSanctionnable ?
Pratiques interdites (article 5)✅ Depuis le 2 août 2025
Transparence (article 50)✅ Depuis le 2 août 2026
Obligations des fournisseurs de modèles GPAI✅ Amendes de la Commission depuis le 2 août 2026 (article 101)
Informations trompeuses aux autorités✅ Depuis le 2 août 2025
Exigences haut risque, annexe III❌ À partir du 2 décembre 2027
Exigences haut risque, annexe I❌ À partir du 2 août 2028
Littératie IA (article 4)⚠️ Pas d amende autonome identifiée : l article 4 ne figure pas dans la liste de l article 99(4). L exécution passe par les pouvoirs généraux de surveillance du marché.

AI Act, ISO 42001 et NIS2 : comment ça s articule

Trois textes, trois natures différentes. Les confondre conduit soit à des doublons coûteux, soit à des angles morts.

CritèreAI ActISO/IEC 42001NIS2
NatureRèglement européen contraignantNorme volontaire certifiableDirective européenne transposée
ObjetMise sur le marché et usage des systèmes d IASystème de management de l IACybersécurité des entités essentielles et importantes
DéclencheurLe niveau de risque de l usageLa décision de l organisationLe secteur et la taille de l entité
SanctionJusqu à 7 % du chiffre d affaires mondialPerte du certificatJusqu à 2 % du chiffre d affaires mondial

ISO 42001 comme socle de conformité

L AI Act prévoit que les fournisseurs de systèmes à haut risque puissent démontrer leur conformité par l application de normes harmonisées publiées au Journal officiel de l Union. Ces normes sont élaborées par le CEN-CENELEC, au sein du comité technique JTC 21, et leur base de travail est très largement issue d ISO/IEC 42001 et des normes connexes.

Une organisation déjà certifiée ISO 42001 sera donc structurellement bien placée pour démontrer sa conformité, sans que la certification ne dispense pour autant du respect du règlement.

Consulter le guide complet ISO 42001 · Consulter le guide complet NIS2

Et le RGPD ?

Il continue de s appliquer intégralement et en parallèle. Dès qu un système d IA traite des données personnelles, les obligations du RGPD s ajoutent à celles de l AI Act : base légale, information des personnes, analyse d impact, encadrement de la sous-traitance, droits des personnes. Pour beaucoup d organisations, le RGPD reste en pratique la contrainte la plus lourde des deux.


La méthode pratique en 5 étapes

Une trame opérationnelle pour se mettre en ordre de marche sans mobiliser six mois de charge.



Étape 1 — Inventorier les systèmes d IA

Un tableau suffit : système, éditeur, finalité, données traitées, décision automatisée ou non, rôle tenu (fournisseur ou déployeur). Cet inventaire est le préalable à toute qualification, et c est souvent un révélateur : beaucoup d organisations sous-estiment le nombre de systèmes d IA déjà en production, notamment ceux arrivés par mise à jour d un logiciel existant.



Étape 2 — Qualifier le rôle et le niveau de risque

Pour chaque système : suis-je fournisseur ou déployeur ? Le cas d usage relève-t-il d une pratique interdite, de l annexe III, de l annexe I, ou du risque limité ? Lorsque la dérogation de l article 6(3) est invoquée, elle doit être documentée avant la mise en service.



Étape 3 — Traiter ce qui est déjà exigible

Trois chantiers courts : supprimer toute pratique interdite, mettre en conformité les points de contact automatisés au titre de l article 50, et formaliser un plan de sensibilisation à l IA par rôle. C est peu coûteux, et c est le seul périmètre sur lequel une autorité peut agir aujourd hui.



Étape 4 — Sécuriser les contrats

Faire préciser dans les contrats de développement et d achat qui est fournisseur au sens du règlement, qui produit la documentation technique si le système bascule en haut risque, et qui supporte la charge d une mise en conformité future. C est gratuit à la signature, et très coûteux après.



Étape 5 — Préparer décembre 2027

Pour les seuls systèmes qualifiés haut risque, ouvrir le chantier du chapitre III : gestion des risques, gouvernance des données, documentation technique, supervision humaine, journalisation. Compter plusieurs mois. Une démarche ISO 42001 constitue un socle réutilisable pour une large part de ces exigences.

FAQ : les 8 questions les plus fréquentes

Les points sur lesquels les organisations se trompent le plus souvent.

Non, plus depuis le Digital Omnibus. Le règlement (UE) 2026/1744 les a reportées au 2 décembre 2027 pour les systèmes autonomes de l annexe III, et au 2 août 2028 pour les systèmes intégrés à un produit réglementé au titre de l annexe I. Beaucoup de contenus en ligne affichent encore l ancien calendrier.

Oui, mais faiblement. Vous êtes déployeur d un système d IA à usage général. Vos obligations tiennent à la littératie de vos équipes (article 4) et, si vous publiez des contenus générés destinés à informer le public, à leur signalement (article 50). Les obligations lourdes pèsent sur l éditeur du modèle.

Non, tant que le système reste à usage interne. Le critère du règlement est le nom sous lequel le système est mis sur le marché ou en service, et non l identité de celui qui a financé le développement. Vous restez déployeur. Vous basculez fournisseur si vous le commercialisez sous votre marque, ou si vous en modifiez substantiellement la destination.

Oui. L annexe III, point 4, vise explicitement le recrutement, le tri et le classement de candidatures, ainsi que l évaluation de la performance et du comportement des salariés. C est, pour la plupart des entreprises, la seule exposition réelle au régime haut risque. Les obligations correspondantes s appliquent à compter du 2 décembre 2027.

Oui. L article 50(1) impose d informer la personne au plus tard lors de la première interaction, sauf si le caractère artificiel est évident pour une personne raisonnablement avisée. Cette obligation est applicable depuis le 2 août 2026 et sanctionnable jusqu à 15 M€ ou 3 % du chiffre d affaires mondial.

Non. Ce plafond ne vise que les pratiques interdites de l article 5. Et pour une PME, l article 99(6) retient le plus bas des deux montants — forfait ou pourcentage — et non le plus élevé. Une PME à 8 M€ de chiffre d affaires plafonne à 240 000 € pour un manquement à l article 50, pas à 15 M€.

Le règlement n impose pas de registre général aux déployeurs. L enregistrement dans la base de données européenne concerne les systèmes à haut risque, à partir de décembre 2027. Mais sans inventaire, une organisation ne peut pas démontrer qu aucun de ses systèmes n est à haut risque, ni voir venir celui qui le deviendra.

Non. ISO 42001 est une norme volontaire de management, l AI Act un règlement contraignant. La certification constitue un socle organisationnel qui facilite la conformité — et les normes harmonisées en cours d élaboration s en inspirent largement — mais elle ne couvre ni le marquage CE, ni l enregistrement en base européenne, ni les obligations propres aux modèles à usage général.

Pour aller plus loin


Page mise à jour le 24 août 2026. Ce guide présente une lecture opérationnelle du règlement (UE) 2024/1689, modifié par le règlement (UE) 2026/1744. Il ne constitue pas un conseil juridique. Deux points restent à ce jour non tranchés par les sources disponibles et sont signalés comme tels dans le texte : le rattachement de l article 4 au régime d amendes de l article 99(4), et la désignation précise des autorités françaises de surveillance du marché. Édité par IntelTec, nom commercial de TECHNOCENTRE SAS.